survey
Discours de M. Lu Shaye, ambassadeur de Chine au Canada, au déjeuner-causerie du Conseil des relations internationales de Montréal
(2018/11/28)

M. Pierre Lemonde, Président-directeur général, CORIM

M. Pierre Marc Johnson, Ancien premier ministre du Québec

Mesdames et Messieurs,

C’est avec un grand plaisir que je participe à ce déjeuner-causerie organisé par le Conseil des Relations Internationales de Montréal (CORIM).

Après mon arrivée au Canada, j’ai entendu parler d' une anecdote, qui disait que si un Chinois et un Canadien se rencontraient, ils trouveraient tout de suite un sujet d’intérêt commun, c’étaient de se plaindre des Etats-Unis. Bien sûr, ce n’est qu'une blague. La plainte ne sert à rien, il nous faut raisonner avec les faits à l’appui.

Permettez-moi de parler d’abord des Etats-Unis. Depuis un certain temps, on suit de près l’évolution de la guerre commerciale déclenchée par les Etats-Unis contre la Chine. Quelles sont les retombées de cette guerre commerciale sur l’économie chinoise ? Je viens de rentrer de la Chine et voudrais partager avec vous mon opinion à cet égard.

La Chine et les Etats-Unis sont respectivement la deuxième et la première économie mondiale. Le volume du commerce des biens entre les deux pays a dépassé 580 milliards de dollars américains l’année dernière. Les Etats-Unis imposent des taxes douanières supplémentaires sur des produits chinois de 250 milliards de dollars américains. Cela aura sans aucun doute des impacts directs et indirects sur l’économie chinoise, il pourra même peser lourd sur certaines industries et régions de la Chine. Néanmoins, les risques sont contrôlables dans l’ensemble.

Cela s’explique par plusieurs raisons. L’économie chinoise a réduit sa dépendance vis-à-vis de l’exportation de près de 70% en 2007 à quelque 10% d’aujourd’hui. Selon des estimations, cette guerre commerciale déclenchée par les Etats-Unis causerait des pertes économiques directes seulement à l’équivalent de quelques dixièmes de point de pourcentage du PIB (Produit intérieur brut) de la Chine. A l’heure actuelle, la Chine poursuit l’approfondissement global de la réforme, réajuste énergiquement sa structure économique et encourage activement l’innovation pour stimuler continuellement le dynamisme du marché. Sur les trois premiers trimestres de l’année, le PIB chinois a progressé de 6,7%, restant ainsi dans une zone de croissance moyenne ou rapide comprise entre 6,5% et 6,9% depuis 13 trimestres consécutifs. La Chine représente non seulement un grand marché de quelque 1,4 milliard de consommateurs, mais également le seul pays du monde à avoir toutes les branches d’activité économique selon la classification des catégories industrielles faite par l’Organisation des Nations Unies (ONU). L’économie chinoise est bien résistante dans son ensemble, et le pays a d’immenses potentiels en demande intérieure. Nous sommes tout à fait en mesure de promouvoir un développement de qualité en stimulant la demande intérieure pour relever le défis de la guerre commerciale déclenchée par les Etats-Unis.

Certains pays comme les Etats-Unis, accusent la Chine d’ « ouverture insuffisante de son marché », de « vol des droits de propriété intellectuelle (DPI) », de « transfert forcé de technologies » et de « concurrence déloyale des entreprises d’Etat », etc.. En fait, toutes ces accusations sont infondées et déforment la réalité.

Premièrement, la Chine s’ouvre de plus en plus vers l’extérieur. Actuellement, la Chine a diminué le niveau moyen des tarifs à 7,5%, un taux même inférieur à celui qu’elle avait promis au moment de son adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Ce taux est également inférieur à la moyenne des pays en développement. Par ailleurs, le nombre des sous-secteurs ouverts au marché du commerce des services s’élève à 100, dépassant de loin la moyenne de 54 des pays en développement, frôlant ainsi le niveau des pays développés. De plus, la Chine a réalisé l'enregistrement local pour plus de 96% des investissements étrangers, et a mis en œuvre un système de gestion intégrant le traitement national à la phase de pré-établissement et la liste négative. Cette liste ne cesse de se raccourcir.

D’ailleurs, la Chine est en train de mettre activement à exécution les grandes mesures sur l’élargissement de l’ouverture annoncées par le président Xi Jinping lors du Forum de Bo’ao en avril dernier, s’agissant d’élargir significativement l’accès au marché, de créer un environnement d’investissement plus attrayant, de renforcer la protection des DPI et de prendre l’initiative d’élargir l’importation. Ces mesures ont déjà porté fruit. Au début de ce mois, la Chine a tenu avec succès la première Exposition internationale d’importation de la Chine (EIIC) à Shanghai, qui établit ainsi une nouvelle plateforme permettant à la plus grande majorité des pays du monde d’accéder au marché chinois. Etant le premier pays à avoir organisé une exposition internationale d’importation, la Chine ouvre sa porte de plus en plus grande vers l’extérieur, pour tenir sa promesse solennelle envers le monde entier.

Deuxièmement, le développement et le progrès de la Chine sont dus à la diligence et à la sagesse de son peuple. Le peuple chinois a non seulement créé une civilisation chinoise splendide, mais également réalisé le développement remarquable d'aujourd'hui. Depuis la mise en œuvre de la politique de réforme et d’ouverture, en l’espace de 40 ans, la Chine est devenue la deuxième économie mondiale, avec un volume global de quelque 13 000 milliards de dollars américains. Les progrès scientifiques et technologiques de la Chine résultent de l’application continuelle de la stratégie de redressement de la nation par la science et l’éducation et de la stratégie de développement conduit par l’innovation pendant de nombreuses années. En 2017, la Chine a investi 1 760 milliards de yuans (l’équivalent de 260 milliards de dollars américains) dans les recherches et le développement, occupant ainsi la deuxième place mondiale en la matière, juste après les Etats-Unis. La Chine est désormais la championne du monde en nombre des demandes de brevets pendant 7 ans consécutifs.

 Parallèlement, la Chine a établi un système juridique complet de protection des DPI et a créé des tribunaux spécialisés en DPI, en appliquant un système d’indemnisation punitive, aussi strict que dissuasif, en cas de violation des DPI. Depuis l’adhésion de la Chine à l’OMC il y a 17 ans, les entreprises chinoises ont vu se multiplier par 14 fois les frais de propriété intellectuelle qu’elles paient.

Troisièmement, le soi-disant « transfert forcé de technologies » est déraisonnable. Aucune loi, aucun règlement ou document politique chinois, ne contient de clauses qui forcent les entreprises étrangères à transférer leurs technologies aux entreprises chinoises. En général, les entreprises étrangères accèdent au marché chinois par deux voies : soit créer un joint-venture, soit établir une entreprise à capitaux exclusivement étrangers. En cas de joint-venture, les entreprises chinoise et étrangère concluent un accord à travers la négociation selon lequel les entreprises étrangères fournissent des technologies et des capitaux, tandis que les entreprises chinoises offrent des ressources et des installations. S’il y a un transfert de technologies dans ce cadre, c’est certainement un choix volontaire des deux parties et une conséquence du contrat.

Figurez-vous, Mesdames et Messieurs, si une entreprise n’a pas de technologie ni de capitaux, qui veux encore fonder un joint-venture avec elle ? Alors que pour les entreprises à capitaux exclusivement étrangers, leur production et exploitation étant totalement autonomes, il est encore plus loin de parler du transfert forcé de technologies. D'ailleurs, les entreprises étrangères à capitaux exclusivement étrangers deviennent de plus en plus nombreuses sur le marché chinois par rapport aux joint-ventures.

Quatrièmement, les soi-disant préoccupations sur les entreprises d’Etat chinoises auraient des arrière-pensées. Les entreprises d’Etat sont des piliers de l’économie nationale de la Chine, leurs produits et services concernent toutes les nécessités de la vie quotidienne des Chinois. Actuellement, suite à la restructuration, les entreprises d’Etat sont devenues des entités qui agissent conformément aux règles du marché. Dans les pays occidentaux, il existe aussi de nombreuses entreprises d’ Etat. Personne ne les met en doute. Néanmoins, parlant des entreprises d’Etat chinoises, certains Occidentaux leur collent des étiquettes tels que «obéissance à l’ordre du gouvernement chinois », « subventions d’Etat », « concurrence déloyale » et « corruption », etc.. Ces affirmations irresponsables et calomnieuses nous font douter de leur intention qui, effectivement, vise à affaiblir la compétitivité commerciale de la Chine en diffamant les entreprises d’Etat chinoises.

Après quarante ans d’ouverture, la Chine s’est intégrée totalement dans le système économique mondial et constitue une partie importante de l’économie mondiale. Suivant le courant de la mondialisation économique, la Chine soutient fermement le système commercial multilatéral centré sur l’OMC et la construction d’une économie mondiale ouverte. A l’heure actuelle, la Chine est le plus grand partenaire commercial de plus de 130 pays, et contribue chaque année plus de 30% à la croissance de l’économie mondiale. Elle a offert de nombreuses opportunités et de profits considérables pour les entreprises multinationales. La Chine absorbe annuellement plus de 100 milliards de dollars américains d’investissements étrangers. S’il n’y avait pas de bénéfices, je ne pense pas que les investisseurs étrangers s'intéressent encore à la Chine. Bref, il n’est pas nécessaire de craindre que l’économie chinoise ne s’isole de l’économie mondiale. La tentative de séparer la Chine de l’économie mondiale est une pure illusion.

Mesdames, Messieurs,

Il existe une autre voix disant que la Chine a alourdi l’endettement de certains pays à travers la construction de « la Ceinture et la Route », de manière que ceux-ci ne sont pas en mesure de rembourser leurs dettes alors que la Chine profite de ces dettes pour contrôler les ressources, les infrastructures, voire la souveraineté de ces pays. Je dois avouer que cette idée a beaucoup d’imagination. Cela fait cinq ans que l’initiative « la Ceinture et la Route » a été lancée. Jusqu’à présent, plus de 130 pays et organisations ont signé avec la Chine des documents de coopération dans le cadre de « la Ceinture et la Route ». Durant la première moitié de l’année, le volume global du commerce des biens entre la Chine et les pays riverains de « la Ceinture et la Route » a atteint 605 milliards de dollars américains, soit une augmentation de 18,8%. De plus, la Chine a établi plus de 80 zones de coopération économique et commerciale dans une quarantaine de pays riverains. Quelque 3 500 entreprises s’implantent dans ces zones, ayant payé des taxes aux pays d’accueil à hauteur de 2,2 milliards de dollars américains et créé 244 000 emplois locaux. Cela montre que la construction de « la Ceinture et la Route » est fructueuse et très populaire au niveau international.

La plupart des pays qui participent à la coopération dans le cadre de « la Ceinture et la Route » sont des pays en développement avec une faible économie et une forte demande aux infrastructures. La construction de « la Ceinture et la Route » a apporté de nouvelles opportunités et possibilités à ces pays pour combler des lacunes, briser les goulots d’étranglement, améliorer le bien-être du peuple et développer l’économie. C’est la raison clé pour laquelle l’initiative « la Ceinture et la Route » a été bien accueillie par les pays en développement. Prenons l’exemple du chemin de fer Mombasa-Nairobi que la Chine a aidé le Kenya à construire. La construction de cette ligne ferroviaire de 480 km a été achevée en seulement deux ans et demi. Sa mise en service a permis de réduire de 79% des coûts de transport et de 40% des coûts commerciaux dans les pays en Afrique de l’Est, y compris le Kenya. Elle a aussi permis de créer 46 000 emplois et de stimuler une croissance de 1,5% du PIB du Kenya. Beaucoup de pays en développement sont confrontés à un véritable « piège de pauvreté » provoqué par des raisons historiques et extérieures, au lieu du soi-disant « piège de dettes ». En réalité, aucun pays ne s’est enfoncé dans une crise de dette au cours de la coopération avec la Chine dans le cadre de « la Ceinture et la Route ».

Il n'y a pas longtemps, le Centre canadien de recherche sur la globalisation a publié sur son site d'internet un article du journaliste américain Andre Citchek. L'auteur raconte, à travers des interviews approfondies, des histoires de construction des infrastructures au Laos, comme la construction des chemins de fer et des ponts, avec l'aide de la Chine dans le cadre de la Ceinture et la Route. L’auteur affirme que la construction du Chemin de fer Chine-Laos est en fait le plus grand projet de travaux dans l’histoire laotienne. La ligne ferroviaire part des frontières entre la Chine et le Laos pour aller jusqu’à Vientiane, capitale du Laos, en traversant 154 ponts, 76 tunnels et 31 gares. Au cours de ce grand projet, les constructeurs chinois ont bien protégé l’environnemnt écologique tout en créant des milliers d’emplois aux riverains de la ligne, ce qui a été beaucoup apprécié par le peuple Laotien. L’auteur a interviewé un Laotien qui travaillait à l’hotel français Accor comme superintendent. Celui-ci lui a confié qu’alors qu’il ne pouvait gagner un salaire mensuel de 200 dollars américains, son frère, qui travaillait en tant que chauffeur sur le chantier de construction sino-Laotien, se procurait 900 dollars américains par mois. L’auteur souligne le fait que l’Occident fait des accusations sans fondement à la Chine en se refusant à l’évidence que la Chine accorde par sa réelle action de présieuses aides aux Laotiens. De nombreux grands médias occidentaux sont envahis des histoires absurdes et totalement falsifiées pour salir la réputation de la Chine. Cela constitue une grande injustice à l’égard de ce pays.

Mesdames et Messieurs,

    Je suis accrédité au Canada depuis près de deux ans. Malgré de très nombreux échanges, je trouve qu’il reste encore entre les deux pays beaucoup d’incompréhensions et de malentendus. En juillet dernier, le Conseil d’affaires Canada-Chine (CCBC) a organisé une visite de journalistes canadiens en Chine. Ils sont allés à Beijing, Shanghai ainsi que d’autres villes petites et moyennes. Ce séjour leur a permis de témoigner du dynamisme du développement de la société chinoise et du bien-être du peuple chinois. Après leur retour au Canada, une des personnalités du CCBC nous a dit que certains journalistes ne cessaient de poser une question durant leur visite en Chine : « Pourquoi on ne peut pas voir au Canada des reportages sur la réalité en Chine ? » Dans le monde d’aujourd’hui caractérisé par les technologies informatiques très développées et facilement accessibles, il existe toujours une importante asymétrie d’informations.  La raison mérite une profonde réflexion.

Hormis la longue distance géographique qui sépare nos deux pays ainsi que nos différences en termes d’histoire, de culture et de système politique, je me demande s’il y a des problèmes dans la mentalité avec laquelle nous regardons l’autre partie ? Aujourd'hui quand certains gens évoquent la Chine, ils n'hésitent pas à l'appeler « un pays communiste » ou « un pays dictatorial » en l’absence de « droits de l’Homme » et de « liberté », donc des étiquettes qui dégagent toujours un goût de détestation et de mépris.

Pourtant, si l’on réfléchit à la place du peuple chinois, qu'est-ce qui ne va pas avec « un pays communiste »? C’est justement sous la direction du Parti communiste chinois (PCC) que la Chine a parachevé en l’espace de quelques dizaines d’années le parcours de la modernisation, lequel avait coûté aux pays occidentaux plusieurs centaines d’années. N’est-ce pas que le PCC est un grand parti ? En ce qui concerne la démocratie, la liberté et les droits de l’Homme, tels sont les objectifs que le PCC poursuit inlassablement depuis sa fondation. Tous ceux qui ne portent pas de  préjugé vont admettre que les Chinois d’aujourd’hui jouissent de la démocratie, des droits de l’Homme et de la liberté plus que jamais dans l’histoire chinoise, et leur situation est aussi beaucoup meilleure que celle des peuples dans la plupart des pays du monde d’aujourd’hui. Je reconnais que la démocratie, les droits de l’Homme et la liberté dont parlent les Occidentaux ne sont pas complètement les mêmes dont parlent les Chinois. Cela résulte de la différence historique, culturelle et du status quo du pays. Il ne fallait pas déprécier les autres pour se faire prévaloir. En fait, nous avons un point commun entre nous, c’est que la primauté fondamentale de ces valeurs et pensées consiste à faire vivre une vie heureuse à nos peuples. A mon avis, c’est le critère le plus objectif pour juger si un pays est démocratique et que son peuple bénéficie des droits de l’Homme et de la liberté.

Je vous remercie.